A ma mère

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En cette journée du 8 mars, je dédie ces quelques lignes à ma mère. Morte à 64 ans de suite d’une maladie chronique et qui a laissé, dans ma vie, un vide impossible à combler.
Ma mère se maria au printemps de 1950, elle était jeune adolescente. Elle n’a pas pu fonder un foyer à elle, elle intégra un foyer qui existait déjà, mais sans enfant. Sa mission se résumait à l’époque, à la procréation, à assurer une descendance.
Elle arriva dans le milieu conjugal et trouva la place largement occupée, par une autre femme. Mon père ne pouvant avoir d’enfant avec sa première épouse, il attendit presque 23 ans avant de se remarier, avec ma mère. C’est de bonne guerre, je dirais, même si l’idée de la polygamie est aberrante.
Ma mère une jeune femme analphabète ( à part quelques cours d’alphabétisation dans les années cinquante ), mais très éclairée et très avancée pour son temps. Une femme qui a su lutter toute sa vie, pour recouvrer ses droits de mère et sa place d’épouse. Le paradoxe de notre société, une toute jeune fille (souvent mineure) peut se marier, mais elle ne peut pas s’occuper seule de ses enfants, elle est trop jeune, pour assumer cette tâche.
Mon frère est venu au monde le premier, il fut élevé par mon autre mère.
Ma courageuse mère, une femme d’une grande beauté physique et morale, généreuse et soucieuse de l’avenir de ses quatre enfants, du garçon comme des trois filles. S’est jurée de ne plus se laisser faire et décida de s’occuper, elle-même, de ses trois filles, qui arrivèrent après. Elle imposa sa volonté de mère à tout le monde, au prix de longues souffrances et d’insupportables frustrations.
Son souci premier était de faire en sorte que ses filles ne connaissent pas le même sort qu’elle. Elle nous éleva avec abnégation nous donnant toute l’assurance nécessaire, nous soutint, contre vent et marrée. Elle regrettait toujours une chose, n’avoir pas eu la chance d’étudier, pour nous aider plus. Une mère qui voyait en ses filles avant tout, des personnes accomplies, instruites, des femmes autonomes et indépendantes.
Ma mère détestait la soumission et le découragement, une femme qui cherchait les solutions et ne s’attardait pas sur les problèmes, sauf pour les résoudre. Une femme aimante, mais sans effusion, son amour, pour sa famille était inconditionnelle et total. Une mère qui agit au lieu de s’apitoyer sur son sort.
Elle lutta pour instituer sa présence effective dans son foyer et dans l’entourage immédiat. Sa personnalité ne laissait pas indifférent, elle évoluait dans son milieu et imposait sa manière et sa façon d’être. Son inexpérience ne l’empêcha pas, de saisir les bonnes occasions d’acquérir un savoir-faire. Son empreinte indélébile est restée gravée dans le cœur de tous ceux qui l’ont côtoyée et qui l’évoquent encore aujourd’hui, avec respect et affection.
Nous ses enfants, on était aussi ses amis, elle partageait tout avec nous. Moi j’étais sa confidente, car je suis restée proche d’elle jusqu’à son décès en 1997. Je ne peux quantifier ce que je reçus d’elle, comme amour, soutien et compréhension. Certes, c’est le propre de toute mère, mais chaque mère est particulière pour chaque enfant.
La mienne combla ma vie, car elle me donnait le courage qui me manquait souvent, elle me sauva d’un enseignement unilingue, et tint à ce que je reçoive un enseignement bilingue comme mon frère et mes sœurs. Elle appuya ma décision de partir étudier à l’étranger, elle convint mon père de cette nécessité, exactement comme elle a l’a fait pour mon frère. Elle me disait souvent ‘tu es dans un monde d’homme, tu dois agir en conséquence’.
Ma mère est partie un soir du 1er décembre 1997, calmement et sereinement. Elle était dans les bras de ma sœur aînée. Quelques minutes avant sa mort, je lui avais pris le visage dans mes mains et je lui avais demandé :’mère! ça va?’ Elle me répondit, avec l’ombre d’un sourire, difficilement déchiffrable, dans son visage amaigri et marqué par la maladie, ‘je vais bien ma fille ne t’inquiète pas’.
Moi je croyais que j’allais mourir, juste après elle , tellement ma souffrance était intolérable. Grâce à Dieu je me suis ressaisie. Ma mère était gaie et n’aimait pas qu’on dramatise les choses.
Si Dieu a décidé de la reprendre, c’est qu’il sait toujours ce qui est mieux pour elle et pour moi.
Ma mère est partie, chez le tout puissant le sourire aux lèvres et moi je suis encore là, je prie pour la paix de son âme et celle de mon cher père, des parents merveilleux, qui m’ont inculqué la foi en Dieu, l’humilité, l’amour et le respect de mon prochain.
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Commentaires

13 commentaires sur « A ma mère »

  1. Ma mère! Ma mère! Tu me manques. Quel hommage à cette femme merveilleuse! Une femme unique en son genre, pleine de joie de vivre. D’ailleurs elle continue à vivre dans nos cœurs pour toujours. Même ici au Canada elle a laissé sa marque. Tous les gens qui l’ont connue l’ont aimée. Ils parlent d’elle avec nostalgie. Que dire de ce vide qu’elle a laissé. Insupportable au début mais avec le temps on accepte et on survit à la douleur de la séparation définitive. Je dis courage à toutes celles et ceux qui ont perdu leur mère. Car je comprends leur souffrance. Un jour nous serons tous réunis!

    1. لله ما أعطى و لله ما أخد
      Chère sœur hymne a notre mère si chère a notre cœur, elle le demeurera jusqu’à ce qu’on la retrouve un jour chez le tout puissant.

  2. allah yarhamha et yousa3 aliha, mais ne dit-on pas « idha mata bnou adama, inkataa amalouhou, illa min thalath, sadakatoune jariyatoune, waladoune salihoune yad3ou lahou aou 3ilmoune yountafa3ou bih  »
    je pense que la ou elle est, elle doit être fière des ses enfants qui prient pour elle, et qui se remémorent son courage et son abnégation a les éduquer et leur offrir le meilleur, cette foi qui vous permet aujourd’hui de prier pour elle 🙂
    j’ai eu les larmes aux yeux en lisant ton texte Fati, tu as tout dis <3
    Allah yarhmha ou yarham jami3 alwalidine

    1. C’était pas mon but de te faire pleurer, mais je me suis demandee qu’elle est la femme qui est ancrée au fond de mon âme? sinon ma mère. Le 8 mars a titre posthume,
      Merci pour ton commentaire

  3. Merci Fati pour ce récit tellement vrai et si touchant sur notre défunte mère, merci ma soeur de retracer avec beaucoup de fidélité ses qualités et son immense affection pour nous.
    Elle nous a, effectivement, beaucoup soutenu et surtout appris la persévérance et le courage.
    Que dire de plus sur cette femme qui avait beaucoup de présence et une grande aisance de communication, sauf qu’elle me manque terriblement.
    Je pense à elle, ainsi qu’à notre pére, tous les jours que Dieu fait. Je prie pour eux dans toutes mes prières et je suis sûre qu’ils ne peuvent qu’être bien là où ils sont.
    Que Dieu les accueille au paradis et les couvre de sa sainte miséricorde.

    1. Merci Moulay Driss pour ta réaction, mais tu sais je me sens un peu fragilisée ces derniers temps. Ma mère est mon point faible, c’est tout. Comme je voulais écrire sur une femme pour le 8 mars, j’ai choisis ma mère, car c’était une grande battante, une femme de cœur..
      Mais mon refuge est Dieu et seulement Dieu
      F.Alaoui

  4. Oh ma chère Fatimzohra quel recit! je suis toute remuée en le lisant, je revois comme si c était d’ hier le charmant regard et le beau et large sourire de lalla Hnia Allah yarhamha! C était effectivement une femme exceptionnelle de la trompe de celles qui marquent D elle, j ai un souvenir très présent de femme forte aux idées modernes, très pragmatique et généreuse. Que de fois avec Saida elle nous a orientees, face à des situations professionnelles ou de vie sociale critiques, en nous insufflant son courage et sa ténacité mais avec une note d humour particulière a elle! j aivais beaucoup d amiration pour ce qu elle était et mon témoignage est très sincère. Que son souvenir t accompagne et te bénisse et qu elle soit parmi les Houriats du Paradis Khadija

    1. Bien chère Khadija, merci pour ton beau commentaire. Elle aussi elle t’aimait et t’estimait beaucoup. Je suis heureuse d’avoir rapporter un peu la vision que j’ai de ma chère mère, Allah yrhamha. L’idée est venue du tréfonds de mon âme et mon cœur, le huit mars je ne pouvais le dédier qu’à elle. Car c’est ce genre de femme, comme la tienne et la mienne qui ont élevé les générations, ayant contribué a construire le Maroc moderne.
      الله يرحم والدينا اجمعين و يسكنهم فسيح جنانه و يلحقنا بهم مسلمين

  5. FATI Paix a son ame.J etais triste a la lecture de ce recit,emouvant que sa benediction demeure en toi ..Courage ma cherie tu as bcp a donner et ton mode de vie est reste calque sur les, recommandations de ta mere,tu les a apliquees a la lettre ,on en temoigne ,ton sens de la famille,ta tolerance sont exemplaires et cet hommage que tu as rendu a ta mere restera ds ma memoire ….Tu lui ressembles bcp et que son memoire continue a veiller sur toi…..je t embrasse latifa

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