Laila ALJAZAIRYA, une star…

Débuts à Paris

C’est la fin de la deuxième guerre mondiale et la naissance d’un monde nouveau, un monde meurtri, qui se relève prêt à se reconstruire. Dans l’Algérie de la fin des années quarante, une belle étoile voit le jour. Elle a dix huit ans à peine et s’appelle Laila. Ses premiers pas au théâtre local sont suivis par le ballet national. Son ambition est telle qu’elle décide de se lancer courageusement à la découverte de Paris. La ville lumière accueille notre jeune star, qui très vite trouve son bonheur au quartier latin.

Laila Aljazairiya

Commence la vie de bohème et de découverte, notre jeune Laila abandonne sa première vocation qui était le théâtre et le ballet et devient danseuse orientale. Cette danse qui lui était complètement inconnue, devient sa vocation grâce à l’enseignement et l’encouragement de son amie Badia, qui se trouvait déjà sur place et travaillait en tant que danseuse professionnelle dans un cabaret arabe.

Notre star montante s’est découvert un vrai penchant pour la danse orientale, dont elle a vite maîtrisé la technique. La danse a épousé sa silhouette à la fois frêle et élancée. Sa grâce a conquis les cœurs, elle est devenue la star de la danse orientale moderne.

C’est dans ce monde artistique, qu’elle a connu les grandes figures de prou de la musique arabe. Elle fait la connaissance de Mohamed Abdelwahab qui se lie très vite d’amitié pour elle et lui propose de l’accompagner au Caire à la conquête de l’Égypte.

Laila n’est pas du genre à se laisser éblouir par la célébrité et l’argent. Cest une jeune fille au caractère volontaire et franc. Elle garde la tête froide et ne se lance pas dans une aventure sans lendemain. Elle se garde d’accepter promptement la proposition du grand Mohamed Abdelwahab, mais accepte de lui servir de guide à Paris. Elle lui fait visiter le Louvre et tous les beaux monuments, dont regorge la ville Lumière.

Elle l’accompagne à une soirée à l’Ambassade d’Egypte et c’est là que les journalistes lui prennent des photos en sa compagnie.

Le Caire est en ébullition, tout le monde se demande qui était la belle et fine jeune fille qui accompagnait le Maestro, qui sortait à peine d’une pénible histoire de divorce, avec sa première femme.

C’est en voyant la jeune Laila en photo avec Abdelwahab que Farid Al Atrache s’est jurė de la ramener en Égypte, afin qu’elle danse dans ses films.

En effet Farid a vécu une belle histoire d’amour, durant de longues années avec Samia Gamal, mais a refusé toutefois de concrétiser cette relation par un mariage. Ce cher Farid, malgré sa fragilité et sa douceur innées, reste attaché aux traditions de sa famille Druze*. Étant Prince lui-même, il pense qu’il ne peut se lier à une artiste. Son frère Fouad qui est en même son producteur, veille au grain et dissuade son frère de se marier hors de la communauté Druze*.


Une étoile est née

Leila et Farid

Laila fait son entrée dans la scène égyptienne, malgré elle. Farid Al Atrache, veut remplacer dignement, la belle Samia Gamal et à jeté son dévolu sur notre star.

Dans le but de ramener Laila au Caire, Farid Al Atrache s’envole à Paris et s’arrange pour se faire présenter à notre belle artiste parisienne qui, à prime abord refuse d’accepter ses invitations. Farid ne s’avoue pas vaincu et insiste jusqu’au jour où Laila accepte de lui parler. Notre star ignore tout de la notoriété de ces artistes égyptiens et ne comprend pas, qu’ils soient adulés à ce point, par son entourage.

Farid a dû faire plusieurs allers et retours à Paris, pour enfin convaincre Laila de partir avec lui, en Égypte. Elle n’avait aucune idée de la vie dans ce pays et pensait pouvoir y vivre librement, comme elle vivait à Paris. On la dissuade rapidement, car une femme ne vit pas toute seule au Caire. Farid la convainc alors de vivre chez lui, avec sa famille .

Le grand Farid vit avec son frère Fouad, la femme de celui ci, ainsi que sa demi-sœur Mimi et son mari. En ce temps, Asmahane, sa sœur était dėcėdėe et Laila n’a pas eu l’occasion de la connaître. Mais Farid lui raconte toute son histoire et comment elle a été traîtreusement assassinée.

Laila se retrouve dans le monde féerique de Farid Al Atrache, elle devient sa partenaire dans plusieurs films à succès, puis sa fiancée. Elle signe un contrat de quatre ans avec sa maison de production et partage sa vie. Elle plonge, corps et âme, dans son univers et ils connaissent, tous deux, une belle histoire d’amour, qui dura cinq ans.

Notre belle et frêle danseuse connaît la célébrité et la gloire à travers la musique et les films de Farid. Elle danse sur ses plus beaux rythmes et se distingue par sa délicatesse, son élégance et sa classe innée.

Qui ne connaît pas les films عايزة التجوز و لحن حبي ?

Par son style fin et raffiné, Laila ALJAZAIRYA séduit la scène égyptienne. Elle est aussi invitée à danser pour le Roi Farouk. Ses mouvements frémissants de douceur suave, marquent les esprits et les cœurs. Telle une fée, elle bouge avec grâce sur la scène, une vénusté légendaire.

Farid et Laila illustrent le couple mythique qui a imprégné les années cinquante, d’un romantisme exalté. L’amour fleur bleu, passionné et romanesque dura cinq inoubliables années. Leila s’est donnée à cette relation fabuleuse, y mettant tout son cœur et son âme.

Le tournant de 1955

Laila qui n’a jamais oublié Paris, se déplace régulièrement entre Le Caire et la ville lumière, avec laquelle elle n’a jamais coupé les ponts, Farid l’y accompagne souvent.

La relation amoureuse qui liait le couple, n’a pas été scellée par un mariage, car Farid reste indéniablement attaché à ses traditions et aussi à son passe-temps favori les jeux de hasard. Il passe ses soirées à jouer au poker et perd beaucoup d’argent, pendant que Laila, recroquevillée dans un coin, fatiguée et somnolente, attend patiemment qu’il finisse ses interminables parties de cartes.

Laila la rebelle au cœur fière, ne pouvait supporter l’impasse que connaissait sa relation avec Farid. Ce n’était pas l’existence qu’elle souhaitait mener, elle reprend vite les reines de sa vie et reprend aussi sa belle carrière de danseuse orientale à Paris. Sa famille qui a quitté l’Algérie pour le Maroc, s’est installée à Casablanca.

C’est lá qu’en 1955 elle rencontre, son mari le champion de football de l’époque Feu Abderrahman Belmahjoub, l’opposé de Farid, un homme déterminé et fort. Elle l’ėpouse et s’installe avec lui à Casablanca .

De cette union heureuse naissent deux filles. Laila adopte le Maroc comme son deuxième pays. Son mariage dure 57 ans. Feu Belmahjoub décède en 2011.

Aprės 18 ans de sėparation, Laila rencontre Farid au Liban. Elle était accompagnée de sa petite famille et lui rend visite dans son chic cabaret à Beyrouth. Farid était très heureux de la revoir, il a tellement appréhendé leur rencontre, après tant d’années, qu’il fait un malaise cardiaque. Lorsqu’il apparaît, enfin à la table des Belmahjoub, au Cabaret, il était pâle, la mine défaite, il n’avait d’yeux que pour Lola. C’était le surnom de Laila, lorsqu’elle était auprès de lui en Égypte. Lola était entourée de son mari et ses deux filles. Dorénavant un monde les sépare …

C’était la dernière fois qu’elle rencontre Farid. Elle apprend son décès, des années plus tard, à la radio comme tout le monde, alors qu’elle se trouvait chez son coiffeur, à Casablanca.

Notre star a actuellement 90 ans, une femme qui n’a rien perdu de son aura et de son charme, une artiste au grand cœur, dont toute la maison est décorée par de photos, qui témoignent de son passé glorieux avec Farid. Laila est restée attachée à son art et à la musique Tarab*.

Je l’ai connue, lorsqu’elle a proposé à notre professeur de chant Mr.Hicham Fawzi Idrissi d’héberger, nos cours de Tarab* dans sa villa.

Mme Leila, nous a ouvert la porte de sa maison et de son cœur bénévolement et par amour pour le الطرب الأصيل Tarab*.

J’ai écrit ce billet pour lui rendre hommage, pour la confiance qu’elle a placée en moi, ainsi que pour sa générosité, sa bienveillance, son amabilité et son altruisme.

Que l’éclat de sa lumière continue à nous éclairer!
Dieu la garde en santé !     

 

*Tarab: le chant arabe classique des années trente aux années soixante dix.

*Les Druzes: une population du Moyen Orient (Syrie, Liban, Palestine) Il pratique un islam abrahamique, à la limite du sectarisme. Ils sont aussi une communauté secrète et très repliée sur elle-même. Ils se marient entre eux et ne révèlent jamais leurs rituels religieux. Il sont restés jusqu’à ce jour un peuple entouré de mystère.

le 2 décembre 2020

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