

Montréal, tu es la ville de mon cœur. Tu m’as séduite par ton énergie brute, ton passé qui frémit encore dans la pierre, et cette âme unique qui n’appartient qu’à toi. Mais dernièrement, mon amour, je te regarde et je m’inquiète. Je vois des fissures, des blessures qui ne semblent pas guérir. Et c’est avec un pincement au cœur que je dresse ce constat, non par critique gratuite, mais parce que je t’aime trop pour me taire.
L’étau des chantiers permanents Vivre à Montréal, c’est composer au quotidien avec une partition de marteaux-piqueurs et de détours. Les chantiers, qui devraient être le signe d’un renouveau, donnent trop souvent l’impression d’une punition éternelle pour le citoyen. Ils étranglent la circulation, assourdissent les quartiers et semblent s’éterniser, comme si la ville était condamnée à être un perpétuel work in progress, au détriment de notre tranquillité.

La tragédie humaine de la rue Sainte-Catherine et au-delà.
Le cœur de la ville bat sur la rue Sainte-Catherine, mais son pouls est faible. L’effervescence commerciale et la splendeur d’antan ont cédé la place à une saleté indescriptible et à un profond malaise. On y croise le regard perdu de l’innocence brisée : des rassemblements de sans-abri, en proie à la toxicomanie et à une détresse profonde, qui campent dans les portes cochères. Il est frappant et profondément triste de constater que tant d’entre eux sont des Autochtones, rappel cruel des fractures historiques non résolues de notre pays. Cette misère n’est pas qu’une question de propreté ; c’est une plaie ouverte, une crise humanitaire et de santé publique qui se déroule en plein jour, dans notre indifférence générale.
L’érosion du quotidien, cherté, logement et désœuvrement L’ambiance se ressent partout. La vie devient si chère. Trouver un logement décent sans se ruiner relève du miracle. Les cafés sympas et indépendants, ces petits joyaux qui font le charme d’un quartier, luttent pour survivre face aux loyers exorbitants. On sent une forme de lassitude, un chômage ou un désœuvrement qui pousse certains vers les paradis artificiels de l’alcool et de la drogue, ajoutant une couche de morosité à l’atmosphère urbaine.

Je ne dresse pas ce bilan par dégoût, mais par amour. Parce que je me souviens de la ville lumineuse que tu peux être, dont je suis tombée amoureuse il y a 40 ans, tant de négligence et de détresse est un crève-cœur.
Où est passée notre fierté ? Où est notre capacité collective à tendre la main pour vraiment aider, à exiger une ville propre et accueillante pour tous, à retrouver cette splendeur qui nous caractérisait ?
J’écris ces mots comme une sonnette d’alarme, mais aussi comme une main tendue. Parce que je crois que Montréal le vaut bien. Parce qu’il est temps de se réveiller, de s’indigner et d’agir, chacun à notre niveau, pour exiger et construire la ville que nous méritons. Avant qu’il ne soit trop tard.
Et vous, partagez-vous ce sentiment ? Que faudrait-il faire, selon vous, pour redonner à Montréal tout son éclat ?
