L’histoire de mes 7 bracelets en or

Une des histoires* qui a marqué ma jeunesse, c’était en 1978, l’année où j’ai passé mon baccalauréat. Cette année était pleine d’événements, qui ont changé le cours de ma vie et ma perception du monde en général.

L’année du bac était particulière et revêtait une importance significative. Je n’avais pas beaucoup d’amies, car je voyais l’amitié, comme une relation sacrée, exactement comme j’ai toujours vu le mariage.

Au lycée, mes amies étaient peu nombreuses, car je ne voulais être amie, avec personne et en même temps amie avec tout le monde. Ce n’était pas vraiment le bon choix, car, souvent la vie nous  oblige bon gré malgré,  à prendre position dans le cours naturel des choses.

J’avais tendance à me rapprocher plus des filles de mon âge,  les plus discrètes et les moins visibles. Je sentais que j’avais plus d’affinités avec elles.

Mon sens de l’humilité que m’a inculqué mon père était déterminant dans ce choix. C’est ainsi que je sympathisai,  avec une jeune camarade de classe,  d’aspect modeste, très timide et peu bavarde.

Mon lycée qui s’appelait exactement comme moi,  ‘lycée de jeunes filles Fatima-Az-Zahra’ se trouve à cinq minutes de chez mes parents.

Mon père comptait souvent les cinq minutes, que je faisais entre le lycée et la maison. Quand j’y pense, une certaine nostalgie me submerge et j’ai la larme à l’œil.

Un jour je décide d’inviter la jeune fille discrète à prendre le goûter chez moi . Elle en était ravie. 

On arrive donc au 9 place de la Mosquée, c’est l’adresse de toute mon enfance de toute ma jeunesse et je l’adore. Le temps avait un autre sens et une autre couleur.

Une fois à la maison, je décide de montrer ma chambre à mon invitée. Elle était bien plus petite que moi, une longue chevelure des sourcils touffus et un regard un peu fuyant.

J’étais toujours fière de montrer ma collection de livres de poche. Je sortis mes livres et lui parla de Zola et ‘La joie de vivre‘ de Balzac et ‘ Le lys dans la vallée’ des ‘Fleurs du mal‘ de Baudelaire, mon livre de chevet.

Je m’interrompis un court moment, la laissant dans ma chambre, je courus dire à Nezha de nous préparer des crêpes au miel. J’étais contente d’avoir une invitée et de pouvoir parler avec elle de ce que j’aime comme lecture et comme musique. Elle semblait encline à m’écouter, moi qui écoute toujours les autres et ne demande toujours ma part d’audience.  Souad et moi semblions partager certaines préférences. Déjà je me convainquais que cette fille avait le profil d’une bonne copine…

Mon père m’avait acheté des bracelets en or quelques mois plutôt, c’était la tradition. Mes sœurs et moi avions eu droit à des bijoux précieux offerts par notre cher et défunt père. Que je garde précieusement et ne compte m’en défaire.

Je ferme cette parenthèse et je reviens à mes sept bracelets, que je ne pouvais porter tous les jours et surtout pas au lycée. Je les laissais sur la table de chevet, inconsciente des conséquences.

Or deux ou trois jours après la visite de la copine discrète dans ma chambre, mes bracelets avaient disparu. Je les cherchai partout, croyant leur avoir changé de place. Introuvable, je demande à Nezha, si elle les avait vus. Mes parents étaient absents, en cure à Moulay Yaacoub, dans la région de Fès.

Nezha ne savait pas.  À la maison il n’y avait pas grand-monde, ma petite sœur’ Nezha, Hlima et moi.

Mes bracelets avaient disparu, je regardai partout dans ma chambre, dans l’armoire, au-dessous du lit. Comme si le sol s’était ouvert et les avait avalés.

Au Lycée je me plains à ma nouvelle copine, si timide et réservée. Je lui racontai la mésaventure, je partageai avec elle ma crainte de mes parents, qui n’allaient pas me pardonner ma désinvolture et mon manque de responsabilité.

Elle me consolait, me racontant que chez elle aussi, il y a eu du vol, que ses parents ne purent  jamais élucider.

À la maison, tout le monde pointait du doigt ma copine, étant la seule à m’avoir rendu visite et avoir été dans ma chambre.

L’idée m’horripilait, j’étais foncièrement contre. Je leur répondais à tous que j’avais confiance en ma copine et que c’est une fille bien et ne pouvait me trahir.

Deux semaines plus tard, mes parents rentrèrent de leur voyage. Je racontai toute l’histoire à ma mère en me justifiant de mille manières et lui assurant que çà ne pouvait en aucun être ma copine d’un jour.

Ma défunte mère, que Dieu la reçoive en sa Sainte Miséricorde me rassura. Elle ne voulait pas que je sois perturbée à la veille de mon bac. Mon père ne devait être mis au courant, qu’en dernier recours.

Deux ou trois jours plus tard, je rentrais du lycée, vers midi, ma mère était, tout sourire et m’annonça d’un temps léger et moqueur « J’ai trouvé tes bracelets !!! ». Éberluée, surprise, je rétorquai « où ça ? » Elle me répondit « sous ton lit ».

Je n’étais pas très convaincue, par la réponse de ma pauvre mère, car j’avais vérifié plusieurs fois sous mon lit et n’avait rien trouvé. Mais impossible de soutirer le vrai endroit à ma mère, qui ne cessait de me répéter « sous ton lit ».

Mais encore, où sont-ils alors? La question me taraudait, ma mère finit par me dire d’aller, voir ma directrice au Lycée , elle allait me les remettre dans l’après-midi.

À quinze heures je me présentai au bureau de notre directrice du lycée, une dame d’une grande gentillesse et d’une grande sollicitude. À  la porte de son bureau., je vis sortir de chez elle ma pseudocopine, celle que j’avais invitée, si amicalement  à prendre le goûter chez moi. Elle me lança un regard perçant et continua son chemin, sans ni me saluer ni me parler.

J’étais étonnée de la voir là à ce moment précis. Je rentrai chez ma directrice, qui me remit mes bracelets, sans explication, me souhaitant bonne chance, pour mon examen de baccalauréat.

De retour à la maison, je remis les bracelets à ma mère et la supplia de me donner la vraie version des faits.

Elle consentit,  après insistance, elle me fit promettre de garder le secret et de ne jamais parler de cet incident à  quiconque et surtout pas à mes camarades du lycée.

Elle me révéla que la voleuse de mes bracelets n’était autre que la copine, timide et discrète, qui vint me rendre visite deux semaines auparavant à la maison.

J’étais sous le choc, car à aucun moment je n’avais douté de l’authenticité de cette fille, malgré l’évidence.

Ma chère mère me conta, les tenants et aboutissants de toute l’histoire . Qu’elle dut jouer à Colombo, au bureau de la directrice, pour faire avouer, son délit à ma copine et lui promit qu’elle veillerait personnellement à ce que je ne la dénonce pas au lycée.

Chaque fois que je posais mon regard sur cette fille, je ressentais un dégoût difficile à décrire. Sa duplicité détruisit toutes mes illusions sur l’amitié, l’éthique, l’honnêteté et surtout la confiance.

Cette fille, au lieu de se taire et de cacher ses méfaits, elle alla se plaindre de moi à mes autres co-lycéennes, leur racontant que je l’avais accusée de vol à tort.

Elle s’est trahie elle-même, car il fallait que tout le monde sache quelle genre de fille,  c’était. Des filles sont venues me reprocher ma conduite, envers la pauvre Souad.

J’en ai été écœurée. À mon tour, je leur raconta le fin mot de l’histoire, leur prouva le degré de fourberie de cette fille.

Cet événement m’avait beaucoup affectée, mais m’apprit à me méfier de certains et à ne jamais me fier aux apparences, qui sont très souvent trompeuses.

Cependant, plus le temps passait, plus j’éprouvais de la pitié pour Souad. Je compatissais avec elle. J’appris qu’elle vivait une vie difficile dans des conditions dramatiques, dont je m’abstiens de parler dans ce blog.   

Le plus heureux dans toute cette histoire, c’est que je réussis  mon examen de bac et je tournai la page du lycée.

*Cette histoire eu lieu il y a plus de 45 ans, d’où mon utilisation du passé simple et du plus que parfait  

lire aussi : Bravo, mon Maroc !

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2 commentaires

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Batoul 15 février 2022 - 2h44

J’adore ton eloquence! Quel plaisir que de te lire!! Triste lecon a apprendre si tot dans la vie mais magnifique de voir que tu as pu passer au dela de ta deception en amitie et d’eprouver de la compassion pour cette pauvre fille qui souffrait certainement d’un manque! Merci du partage et de ta Merveilleuse facon de raviver des souvenirs avec tant de vivacite.. J’en ai meme senti l’odeur des delicieuses crepes de Nuzha:)

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Fati's Blog
Fati's Blog 19 février 2022 - 22h16

Merci ma grande chérie, pour tes chaleureux encouragements ❤️❤️❤️

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