Mémoire d’une bayra

229271_437607462951838_1239712128_nL’anniversaire d’une vieille fille, a eu lieu il y a deux jours, le cinquante septième. Elle ne s’appelle pas comme ça, mais c’est l’expression qu’on utilise dans toutes les sociétés pour désigner une femme, qui n’a jamais connu l’institution du mariage, une laissée pour compte, car en effet c’est le mariage qui donne à la femme marocaine une certaine position sociale.

Elle est en quelque sorte une femme, non choisie par un mâle, n’est pas montée dans les enchères d’une société phallocrate. Une femme un peu en marge de la société, elle n’est pas nonne, mais n’est pas non plus une ‘Madame tel ‘..Car même certaines langues sont discriminatoires. Comme c’est le cas du français, la femme reste ‘Mademoiselle’ même si elle a atteint cent ans.

J’ai décidé aujourd’hui d’écrire sur ce sujet, pour lever le voile sur ce phénomène discriminatoire de la société. Pas seulement la nôtre, mais toutes les sociétés dans lesquelles la femme est considérée comme moins que rien, sans l’homme.
Cette vieille fille dont je vous raconte l’histoire, s’est toujours accrochée aux autres, sœurs, frère à leurs enfants pour trouver une affection maternelle, qu’elle n’a jamais pu donner à des enfants, qu’elle n’a jamais eu.
Quand elle a perdu ses parents, qui ne lui ont jamais fait la pression à cause du mariage autant son père que sa mère, cette dernière en décédant, notre vieille fille de 40 ans à sa mort,  a cru que sa vie s’est arrêtée, qu’elle n’est plus bonne à rien. Ses parents ont emporté une partie d’elle,  restée irrécupérable. Car elle ne peut plus offrir ce surplus d’affection et d’amour, qui débordent de toute son âme. Sa mère est partie,  elle a emporté avec elle dans l’au delà cette question: ‘pourquoi ma fille’?

Pourtant elle n’est pas repoussante cette vieille fille, elle était même jolie à une certaine époque, convoitée, courtisée, demandée en mariage des dizaines de fois, Mais elle n’a pas osé, ou elle n’était pas très convaincue, ou elle voyait en l’union avec un homme de son choix, un événement sacré, qui n’admet pas d’erreur. Elle a longtemps refusé, fuit l’idée. Après c’est l’hésitation qui a pris la place, le questionnement, la peur de l’engagement l’insatisfaction et les exigences irréalisables et irréalistes.

Après la mort de sa mère, dans sa période la plus fragile, la plus difficile, une période de deuil, qui ne finissait pas. Elle a cru trouver, enfin le bonheur elle a hésité. Puis elle s’est laissée aller aveugler par une lieur agréable qui a remplit son cœur et tout son être. Une sensation merveilleuse qui allait l’aider à oublier la mort de sa mère et toute sa solitude. Elle s’est laissée emporter par une chimère, un mensonge doux, mais pernicieux.
Malheureusement, sa crédulité l’a menée au fond d’un gouffre. Le 25 septembre, une date fatidique, gravée dans sa mémoire, le jour ou tout a basculé.  Leurrée, trompée, bernée, et enfin abandonnée cruellement, pour une raison  »noble’ devant laquelle elle ne faisait guère le poids.

Une autre période de désespoir, de dépression, de frustration, de regret de rage et de colère contre une injustice, qu’elle ne comprenait pas. Ses sœurs étaient la pour la soutenir et l’assister jusqu’au bout, pour lui insuffler la force de reprendre sa vie, car elle croyait vraiment que c’était la fin.

Elle a toujours été sincère, honnête, juste et aimait les autres, parfois,  plus qu’elle même. Elle à souvent fait le sacrifice de son temps de ses meilleurs moments pour que les siens soient heureux et satisfaits. Elle a toujours suivi la voix de son cœur et a étouffé ses propres besoins, par devoir, par amour, par fidélité, par gratitude.

Elle ne regrette aucun de ses gestes, elle est convaincue, que Dieu l’a chargée d’une mission, dont elle ignorait les raisons. Elle croit encore et toujours que Dieu lui a épargnée des malheurs plus graves, que ceux qu’elle a vécu. Dieu a voulu la voir ainsi.

La vieille fille d’aujourd’hui accepte son sort, du moment qu’il vient de Dieu, car seul Dieu connaît la réponse et sa confiance en Lui est sans limite.
Cette femme a voulu partager, avec vous les sentiments qui l’habitent, les sensations qui s’agitent dans sa tête et son cœur et vous dire, que être vieille fille, mariée, veuve, ou jeune fille, elle reste une femme à part entière et ne s’arrête jamais aux clichés et aux stéréotypes de notre société cruelle.
Trop de mal a été fait, tant de manigances ont été ourdies, tant d’injustices ont été commises à son égard, mais elle reste la même, un cœur pieux et sans rancœurs un esprit libre de tout mépris .
Car elle s’est toujours remise au tout puissant pour la guider et la combler de sa miséricorde, elle sait que cette vie n’est qu’un passage..

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Commentaires

5 commentaires sur « Mémoire d’une bayra »

  1. Salut ma sœur,

    Ton article est excellent. C courageux de ta part de parler de ces sentiments. Mais c important de pouvoir de libérer du poids des souffrances. Je crois que tu fais un grand pas en avant. Je sais que cela fait mal. Mais le Faraj est tellement proche. J’ai écrit un long commentaire et je l’ai perdu. Je n’ai rien compris. Je le réécrirai demain. Je dois dormir. Je suis fatiguée. Ta sœur qui t’aime. En conclusion j’avais écrit que tu es une personne extraordinaire et que tu n’as pas besoin d’un homme pour te faire remarquer et ce dans n’importe qu’elle société.

    Aziza Alaoui

    >

    1. Tu as raison chère sœur, il faut que ça sorte. Tout ça m’étouffent et il faut que je m’en débarrasse une fois pour toute. Ça ne me gêne nullement d’en parler bien au contraire …
      J’ai réfléchis un moment et j’ai foncé..

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