Casablanca: Intempérie, éthique et responsabilité !

le 7 janvier 2021

Casablanca est un navire géant qui chavire sous l’impact des pluies diluviennes, qui s’y abattent depuis trois jours. En effet, il pleut des cordes et sans aucun répit. Je regarde à travers la fenêtre et je vois cette eau qui coule sans arrêt. Certes l’eau qui tombe du ciel est bénéfique pour l’agriculture, pour la nappe phréatique et va réduire le stress hydrique que connaît le pays dans certaines régions. 

Boulevard Zerktouni

Cependant, cette eau peut aussi être fatale pour les infrastructures fragiles de la ville et c’est ce que nous constatons malheureusement. Les gestionnaires de la ville ne prennent jamais en compte ce genre d’intempérie. Ils construisent et bâtissent dans le court terme, sans considérer les changements climatiques et les situations exceptionnelles,  comme celles que nous vivons actuellement.

Les constructions précaires et le manque de contrôles en amont et en aval,  font que la ville connaît des catastrophes chaque fois que de fortes pluies tombent sur la ville. 

Les tunnels et les trémies se remplissent d’eau, les égouts n’absorbent plus les flots ininterrompus qui s’y déversent non-stop. Les quartiers sont inondés. À nouveau des questions se posent: à qui incombe cette responsabilité ? Au délégataire, qui est la Lydec dans le cas de Casablanca, aux sociétés de travaux publics, qui sont chargées des chantiers de la ville? Aux élus locaux ? 

Nous avons des élections et nous avons aussi des personnes qui se présentent à ces élections, pour représenter les intérêts de la ville. C’est là qu’il faut creuser, le Maire de la ville de Casablanca est-il vraiment responsable de la gestion de la ville ? Est-il juste un spectateur ? 

À chaque fois on se retrouve devant un désastre, on commence à chercher le responsable. Une ville a ses structures et elle est normalement dotée de service de contrôle. Alors si La Lydec  fait mal son travail, ces services sont censés la contrôler et  la rappeler à l’ordre. Un service d’inspection est nécessaire, chargé de valider tous les travaux qu’effectue la société délégataire sur les bouches d’égouts de la ville. La Lydec facture aux Casablancais des sommes impressionnantes pour l’assainissement, pour que ces mêmes Casablancais se retrouvent chaque hiver devant cette calamité. Où en est la responsabilité du conseil de la ville dans toute cette crise? 

Tunnel Zerktouni

Les tunnels et les nouvelles trémies sont inondés les chaussées submergées, les voitures sont noyées sous les eaux. Les nids de poule se multiplient et les défaillances au niveau de l’asphalte révèlent le travail mal accompli.

Le boulevard Zerktouni, une des artères les plus importantes de Casablanca, qui dessert d’autres avenues, est devenue un fleuve plein de courants.

Au moment où je rédige ces lignes, l’eau s’abat sur la ville avec une force incroyable et me fait penser à la précarité que vit une partie de la population de Casablanca. Les habitations et les commerces construits de manière aléatoire et qui sont à ce jour répandus dans la ville. Je pense aux sans-abris qui errent dans plusieurs quartiers de Casablanca et qui n’ont pas de toit sur la tête. 

Tramway Casablanca

La responsabilité est générale, elle incombe aux responsables de la ville en premier lieu, mais aussi aux citoyens et à la société civile. Le Conseil de la ville devrait faire son travail en bonne et due forme et appliquer les pénalités à tous les intervenants de la ville, qu’ils soient délégataires ou société de gestion et même aux citoyens qui ne respectent pas les lois et qui contribuent aussi à l’engorgement des égouts de la ville, parce qu’ils y jettent leurs détritus. 

Il est temps que la bonne gouvernance devienne une loi et non pas une façon de gérer. Une loi qui doit être appliquée à défaut de quoi, des pénalités seront distribuées à ses contrevenants, élus, délégataires, sociétés de gestion ou citoyen. 

L’impunité est à la source de tout ce laisser-aller que connaît la gestion de la ville de Casablanca. Il faudrait que tous les acteurs de la ville soient appelés à rendre des comptes et régulièrement, pas seulement à l’occasion des intempéries. Car avec les changements climatiques, il faudrait qu’on s’attende à des fluctuations saisonnières, qui peuvent être parfois catastrophiques. Gérer de manière aveugle, sans vision est devenu strictement impossible. Tout doit être planifié, une politique de prévention des dégâts causés par les intempéries doit être mise en place illico presto. 

La responsabilité dans la gestion du bien public devrait être bien étudiée et être confiée à des gens compétents et dévoués. Élus ou pas élus le management des problèmes de la métropole n’est pas une gestion anodine, il s’agit du quotidien de plusieurs millions d’habitants, d’industries, de l’économie nationale.

Casablanca est une métropole mal aimée, mal gérée, n’attendons pas encore l’année prochaine, ou les prochaines élections pour se pencher sur ses problèmes gigantesques et variés et qui touchent tous les secteurs. Colmater les brèches est une politique myope, bâtir des infrastructures fragiles, qui se détériorent à la moindre urgence climatique est irresponsable.  

Si nous ne pouvons pas régler les problèmes, dénonçons les au moins !

 

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