Un épisode administratif..

imagesCAQ073KPJe saisis l’occasion du discours pertinent de Sa Majesté au parlement, pour raconter le dernier périple que j’ai vécu  avec nos administrations locales .

J’ai toujours obtenu mon extrait d’acte de naissance normalement à l’arrondissement qui se trouve à côté de mon ancien quartier. Jusque il y a un an, j’y suis allée comme d’habitude le demander. Cette fois les choses ont soudainement changé. L’agent à qui je me suis adressée disparaît un bon quart d’heure et revient pour me dire «il m’est impossible de vous donner un extrait d’acte de naissance, nous avons scanné les registres civils et nous avons constaté une erreur dans l’inscription de votre prénom». Grand fut mon choc! Cela  fait plusieurs décennies que j’obtiens ce document sans aucun souci.  Brusquement un problème surgit de nulle part. On n’est jamais au bout de nos peines avec les différentes administrations. On me dit que mon prénom en français est écrit ‘Fatima, sans Ezohra’, par contre la version arabe est  correcte. Il y a donc un problème de non-concordance et ils ne peuvent me délivrer l’extrait à moins que je ne commence une procédure de correction auprès de la Wilaya. Pendant un court instant, je me suis crue dans un des souks anarchiste de Casablanca .

Mon prénom est écrit correctement dans mon carnet d’état civil. Il est rédigé sans faute sur ma CIN. Et on ose me sortir cette énormité, comme s’il s’agissait de ma faute. Quel est mon rôle dans tout ça ?  Si les vieux registres de l’arrondissement contiennent des erreurs.

Je n’ai pas voulu céder à l’énervement. J’ai gardé mon calme et j’ai demandé un extrait en arabe, du moment que le problème est dans la version française. Ils m’ont tous regardée comme, si j’étais  un extra-terrestre et ont décliné ma demande. Je suis sortie énervée, mais décidée à aller plus loin. J’ai demandé à voir le Caïd.

On m’a informée qu’il s’agit d’une Dame Caïda, encore mieux, j’ai pensé. La Dame en question m’a reçue poliment et à entendu ma version du problème, sans aucune seconde d’hésitation , elle a fait venir l’agent récalcitrant et lui a donné l’ordre de me rédiger l’extrait d’acte de naissance en arabe.

Grâce à la perspicacité et la prise d’initiative de la responsable locale, je ne suis pas partie les mains vides. Il faut parfois reconnaître que certains de nos responsables locaux  possèdent une mentalité moderne et veillent à régler les problèmes des citoyens. Je les félicite pour leur clairvoyance.

Un mois plus tard, je retourne au même arrondissement, pour régler ce problème de concordance de prénom. Cette fois, j’ai eu droit à un meilleur traitement. On m’a préparé une demande officielle de correction du prénom, sur le champ,  qu’on m’a demandé de déposer  au bureau de l’état civil à la grande Wilaya de Casablanca, avec une photocopie de la CIN.

Une autre aventure commence: je vais à la wilaya qui se situe, comme vous le savez tous, à la place Mohammed V, où différents travaux vont bon train et où le stationnement est une vraie chimère. Bref! j’arrive devant la porte principale de la Wilaya  ou se trouvent des agents des forces auxiliaires. Je demande le bureau de l’état civil, ils me répondent négativement, qu’il n’y a pas ce genre de bureau à la Wilaya. Brusquement un Monsieur en costume noir surgit de nulle part, souriant il me fait passer par le portique de sécurité et me dit de monter au deuxième étage.

Jusque là tout se passe bien, j’arrive au bureau en question. On me dit le responsable de l’état civil est en congé et personne d’autre ne peut m’aider. De plus les pièces que j’ai apportées n’étaient pas complètes et qu’il fallait apporter trois ou quatre autres documents supplémentaires. On m’a conseillé fermement d’aller directement au bureau d’ordre les déposer,  nul besoin de se présenter au bureau du deuxième étage.

Je sentais mon sang  bouillonner dans mes veines, j’étais fatiguée et frustrée. Tout ça à cause d’une faute commise par les services de l’état civil, je dois moi, payer le prix et prouver de mille manières que j’ai raison. On fait constamment porter le chapeau au citoyen pour des erreurs et des bavures commises par l’administration.

Je rentre à la maison dégoûtée, avec l’idée de laisser tout tomber et advient que pourra.

Deux jours plus tard, je me dis qu’il faut en finir avec cette histoire coûte que coûte, parce qu’au final c’est moi qui vais payer les pots cassés.  Je reprends le dossier je photocopie une multitude de documents  (le nom complet de mon père , son lieu de naissance, la CIN etc.) notre administration adore les photocopies, les timbres et les cachets. Elle veut qu’on fasse des photocopies de tout, mais ne met jamais une machine photocopieuse payante à notre disposition, pour nous faciliter la tâche. On nous demande des timbres et des timbres fiscaux alors qu’elle n’en dispose pas sur place et qu’il faut sortir à chaque fois les acheter au bureau de tabac à côté, s’il y’en a un, s’il n’est pas, par hasard fermé et s’il en vend. Sinon ils vous disent carrément aller chez le gardien, un pauvre bougre  dans la rue, qui les vend 10 pour cent plus cher. Une faille de l’administration qui encourage l’anarchie et la gabegie, le citoyen est un mouton, il ne fait que subir sans riposter. Le manque chronique de choix et le provisoire qui devient habitude par la force d’une réalité inévitable ..

Je vous parle de ce phénomène et je suis sûre que 90 pour cent de mes concitoyens s’y plient docilement, parce qu’ils n’ont pas le choix et parce qu’ils ne savent pas à qui s’adresser pour protester contre ces pratiques inciviques. On les oblige à accepter l’anarchie, on la promeut. Un timbre qui n’est pas toujours justifié est devenu aussi un moyen de chantage pour certains et un moyen de subsistance supplémentaire pour d’autres.  Parce que l’état a choisi d’ignorer cette situation et d’abandonner le pauvre citoyen à son sort. Il est plumé en amont  et en aval.

Je reviens à mon histoire et je reprends mon bâton de pèlerin et je vais à la rencontre de mon sort à la wilaya du grand Casablanca. J’arrive je demande le bureau d’ordre, on me l’indique, encore une porte close. Ça sentait la nourriture à mille lieux, il était presque 14 h. Je vais au bureau à côté, pour me renseigner. On me dit que le fonctionnaire du bureau d’ordre est sûrement allé faire sa prière du Dohr. Je regarde ma montre et je réponds, mais «moi j’ai fait ma prière, il y a une demi-heure avant de sortir de la maison». Je fais quelques pas et je décide de tourner la poignée de la porte  du bureau en question,  là l’autre fonctionnaire m’interpelle «non, non n’ouvrez pas la porte, il est peut été en train de manger »

Écœurée,  je retourne m’asseoir sur une chaise et j’attends. Au bout d’un quart d’heure, un Monsieur portant des sandales de plastique arrive, traînant le pas et s’engouffre dans le fameux bureau. Il disparaît pendant un moment et puis ressort et demande, s’adressant à moi et à une Dame assise à côté de moi «quel est votre problème ?» nous dit-il. Je prends mes documents et je les lui remets avec une copie comme accusé de réception. Il enregistre le courrier, me donne la copie et me dit de monter au deuxième étage la déposer chez un certain Monsieur ‘B’.

Je monte au deuxième étage,  je demande le bureau de ce Monsieur ‘B’. On me dit qu’il n’est pas là et qu’il va revenir rapidement, que je devais l’attende une petite demi-heure, il est allé changé un livre pour son fils dans une librairie pas très loin. C’était la goutte qui a fait déborder le vase, ces fonctionnaires sont la pour régler les problèmes du citoyen, ou pour régler leurs propres problèmes? J’avais les mains liées et ne savais plus quoi faire. La je vois un autre fonctionnaire passer et je lui pose la question. «Pouvez-vous m’aider s’il vous plaît?, je suis venue voire un certain Monsieur ‘B’ et je ne le trouve pas». L’autre type me regarde et me dit «ce n’est pas possible il doit être dans son bureau». Il prend sont GSM et compose le numéro de l’intéressé,  téléphone fermé. Il se tourne vers moi et me dit «écoutez vous n’avez pas besoin de voir Monsieur ‘B’ vous avez déposé votre demande au bureau d’ordre, elle va lui parvenir ‘un de ces jours’ et il va vous répondre  vous pouvez retourner chez vous » Je fulminais, mais je suis partie, car je ne pouvais rester, à tourner en rond, aucune salle d’attente aucune garantie, que le Monsieur revienne …

Cela plus d’un mois et demi que j’ai déposé cette demande de rectification, toujours pas de nouvelle, aucun moyen de savoir si la demande a été traitée.  Il faudrait encore que je me re-déplace de nouveau pour savoir où en sont les choses et je n’éprouve aucune envie de le faire. J’ai même la phobie de retourner dans ces bureaux hostiles, remplis de gens grognant et de visages malveillants. Nous sommes à des années lumière de l’informatique et de la  modernisations de l’accès aux procédures…

 

 

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