Qui est-elle ?

Dans sa vie de tous les jours, elle ne cesse de se poser cette question. Elle est qui ? Elle est venue au monde et a traversé la vie en s’appuyant  sur ses parents, son père et sa mère jusqu’au jour où tous les deux l’ont quittée. Leur perte l’a  dévastée, son père en premier et puis sa mère, qui était devenue son monde après la disparition de son père.

Elle l’a accompagnée pas à pas jusqu’au jour où le tout puissant l’a rappelée à lui. Elle ne voyait son  univers qu’à travers elle, car elle n’en pas un à elle. Elle s’est accrochée à elle, convaincue qu’elle aussi allait rendre l’âme le jour de sa mort. Dieu, lui a donné le courage de survivre, car sa foi était forte et elle priait sans cesse Dieu de la sauver d’elle même.

Un foyer, elle n’en a pas eu, une descendance non plus. Pendant des années, elle s’est  occupée et s’est dévouée à ces nièces et neveux. Les à adorés, comme s’ils étaient siens. Elle s’est intéressée à eux et à leur avenir, à leur éducation, comme leur propre mère. Ce qui les touche la touche, ce qui les rend heureux, ou malheureux la concerne directement. Spontanément, sans calcul, c’était naturel.  Elle les a tous adoptés comme les siens , car elle n’a pas eu la chance d’avoir d’enfant à elle.

Sa vie se résume à celle de sa famille, ou du moins à ce qui en reste. Elle n’a jamais réussi à couper le cordon ombilical, même après la disparition de sa chère mère. Elle s’est retrouvée seule et elle a choisi la solution de facilité qui s’est offerte à elle. Se greffer à la vie de sa sœur aînée. Pourtant ce n’est pas l’envie de voler de ses propres ailes qui lui manquait. Mais c’est plutôt le courage de faire le saut, qu’il lui paraissait comme un saut dans le vide. Elle avait besoin de repaires encore. Elle n’avait pas fait le deuil de ces parents et avait  peur de partir et de les perdre une deuxième fois. C’était intolérable. Toutes les raisons étaient bonnes pour la décourager de partir, de changer de vie et de construire quelque chose à elle. Elle est donc restée et ne peut en blâmer personne.

Une vie faite de haut de bas, plus de bas que de hauts. Elle ne cessait de se convaincre de refaire les choses, recommencer ailleurs. Certes, mais recommencer quoi? Et avec qui? Une peur bleue du changement et du grand inconnu, elle a opté pour le provisoire à ce jour . Pourtant la vie passe comme un l’éclaire …

Non, elle ne se laisse pas aller aux regrets, car elle croit en la destinée. Si elle a manqué de courage, c’est qu’il y a quelque chose de fort qui la retient. L’amour et le dévouement pour les siens et l’incapacité d’affronter une solitude certaine. Un brin d’égoïsme lui a inspiré cette décision. Maintenant elle se débat entre ses doutes et ses certitudes, les doutes qui secouent sans cesse l’arbre de sa destinée et la certitude qui lui souffle à l’oreille ‘tu as pris la sage décision’.

Dans ce tumulte émotionnel qui la harcèle, l’idée que la vie mérite plus de courage et de cran lui ôte  le sommeil. À la peur d’avoir raté l’essentiel s’ajoute la perte du sommeil. Personne ne peut comprendre cette crainte, car elle est incapable de l’expliquer. Au final elle constate de jour en jour qu’elle n’a pas osé beaucoup de choses importantes dans sa vie. Elle n’a  pas osé le mariage, n’a pas fait le deuil de ses  parents. N’a pas réussi à se débarrasser de ses contraintes. Elle n’a toujours pas surmonté ses dépressions, car elle du mal à prévenir les rechutes.

Elle n’a jamais fait le ménage dans sa vie, se débarrasser des vieilles émotions négatives, ses culpabilités et son esprit de sacrifice, qui ont peut être aidé les autres, mais qui l’ont souvent paralysée. Cette déficience émotionnelle et cet engagement et implication dans la vie des siens, l’a souvent étouffée. Personne ne se sent concerné par ses anciens déboires, car personne ne croit avoir un rôle quelconque  dans son parcours ni dans les actes qu’elle a entrepris dans sa vie.  Pourtant toutes les décisions qu’elle a prises étaient toujours en rapport avec les autres.

Ces mêmes autres, qui lui disent qu’elle doit changer, qu’elle doit se libérer, que tout dépend de sa seule volonté. Possible qu’une partie de ses problèmes pourrait être réglée, si elle fait preuve de courage émotionnel, si elle se débarrasse de ses angoisses et ses craintes. Mais c’est là où le bât blesse….

Un cumul de plusieurs années et un vide affectif, qu’elle a du mal à reconnaître se constitue le plus gros de ses soucis. Tout reste à l’intérieur, elle ne peut extérioriser ses craintes. Là où elle est, la où elle va, elle entraîne avec elle une grosse charge émotionnelle, tout sauf positive.

La joie le bonheur que l’être humain arrive rarement à décrire, ce sentiment d’amplitude et de bien-être n’ont pas beaucoup contribué à façonner son parcours. Elle a vivoté, elle se bat intérieurement contre l’envie de tout abandonner et de partir. Aujourd’hui elle est au même point, sauf que sa vie est derrière elle et la possibilité d’agir devient de moins en moins forte. Ses sens s’affaiblissent, sa force s’amoindrit et les questions existentielles se transforment en questionnement sur la fin, la fin qui s’approche.

Finalement,  la vie n’est qu’un océan d’illusions, de déceptions, de frustrations parsemé de temps en temps de moments de joie fugace. Si on ne saisit pas ces moments furtifs à bras le corps,  elles passent inaperçues et on les oublie. Sous le poids des tristesses et des deuils. Aujourd’hui qu’elle reconnaît tout cela, elle a envie de vivre ce qui lui reste dans la sérénité et la paix, elle veut que ce qui lui reste soit rempli de tranquillité et d’apaisement. Elle aimerait respirer librement  et complètement.

Elle veut toucher  le firmament, connaître la symbiose mystique avec son créateur. Remplir sa vie de divin de sa beauté immatérielle. S’imprégner du sacre de la nature et de ses couleurs. Puiser dans son énergie intarissable.

Elle veut pouvoir raconter sa vie de bout en bout, sans rien omettre. Assise au coin du feu, bien au chaud à son ombre à son âme, pour apaiser ses tourments, car seule la vérité peut la sauver, la vérité qu’elle doit se conter à elle même…il n’y a pas de bonheur, il y a la question lancinante, ‘ce chemin qu’elle emprunte mène-t-il quelque part???’

 

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