Mariage de Lala Saida, 1976

image imageCela fait quelque temps déjà que l’idée de raconter la soirée de Mariage de ma sœur Lala Saida, me titillait l’esprit. Ça s’est passé en mai 1976, j’étais jeune encore, je n’avais pas encore eu mon bac. A l’époque les préparatifs du mariage se faisaient  à la maison. De longues journées de confection des petits gâteaux du mariage,  tout un rituel. Les amies de la famille venaient assister et souvent aidaient à préparer les cornes de Gazelle, la gh’riba aux amandes, cette dernière est la plus difficile à réussir, elle est capricieuse et  nécessite beaucoup de doigté et de savoir faire.

La cuisine était  constamment le théâtre d’événements. Les amies et les membres de la famille qui venaient  aider, et partager la joie de la préparation se retrouvaient toutes  dans la cuisine. Le thé à la menthe coulait à flots, suivi du traditionnel café au lait de fin d’après-midi.

Ma défunte mère était fière, sa fille aînée allait se marier et une grande fête était en train de s’organiser à cette occasion.

Moi j’allais au lycée, mais tout mon esprit était à la maison et ce qui s’y  passait  comme événements.

Le grand jour arriva, ma mère m’avait fait faire une ‘Takchita’ bleu ciel et j’en étais fière. La mariée elle, avait droit au plus gros lot, de belles ‘Takchitats’ trois au quatre faites de Sari serti de pierres et de soie blanche aux fils dorés, c’était bel et bien le plus beau jour de sa vie.

le mariage eut lieu le soir, mon père offra un dîner aux convives. Les familles Benbrahim Andaloussi, les Lahrizi étaient au rendez-vous et bien entendu la famille de mon père venue de Rabat et celle de ma mère venue de Meknes.

Une journée particulière, ou tout le monde était chargé d’une mission mon frère qui étudiait en Allemagne est venu spécialement assister à la fête.

Le menu du dîner était classique agneau rôti et tagine de poulets ‘Beldis’ au citron et aux olives et des fruits comme dessert. La viande  fut rôtis au four du quartier le ‘Feran Al Goumia’ des habous

la fête eut lieu dans la grande maison de Feu ‘Hadj Essaid Lahrizi’ devenue par la suite la demeure de Feu Hadj Mohamed Lahrizi tous deux des  amis intimes de mon défunt père. A l’époque l’amitié  était emprunte de dévouement et de respect.

Les préparatifs allaient bon train, moi je fus chargée de plusieurs courses, pendant la journée. Le soir je suis allée à la maison pour mettre ma tenue bleu ciel. J’ai trouvé mon oncle Driss, mon cousin Mustapha, mon frère Aziz. Ils étaient tous venus prendre une douche et se faire beaux.

Je n’oublierais jamais le nombre de fois que je fus sollicitée par tout ce monde, pour donner mon avis, sur un costume, une ceinture, un noeud de cravate, une coiffure. J’ai passé mon temps à donner mon avis sur chaque chose et j’eus à peine le temps de refiler ma jolie ‘Takchita’ et partir rejoindre ma mère à la maison où a lieu la fête. Elle était à peine à 150 mètres de chez nous.

J’arrive enfin,  à la fête, tous les convives était la. La soirée battait son plein. On dirait que la grande maison s’était rétrécie, tellement il y avait de monde. Je vois ma mère essoufflée à la limite de l’énervement qui attendait le ‘Che’oua’ qui devait être apporté du four, en me voyant elle m’attrape par le bras et me somme d’aller chercher l’orchestre ‘Elhilali’ qui avait lui aussi tardé. Il était 22 h heures et les invités commençaient à s’ennuyer.

Je saute dans la voiture de Feu Si Ahmed Tazi, qui m’emmena chercher l’orchestre. Je portais la tenue bleue ciel et mon esprit flottait, je ne réalisais pas vraiment ce qui se passait. J’étais fatiguée et je pensais au tréfonds de mon cœur que ‘ma sœur allait se marier’ un sentiment bizarre s’était emparé de moi. J’étais comme dans une sorte de songe, dont je ne voulais guère me réveiller.

Feu Si Ahmed et moi-même n’ayant pas trouvé l’orchestre, nous revînmes bredouille à la fête. Ma mère me faisait signe que ‘Elhilali’ était enfin arrivé et déballait ses instruments.

La musique remplie l’atmosphère et couvre le brouhaha des invités, qui commencèrent à  danser et se mouvoir au rythme langoureux, de la musique traditionnelle.  Les choses prenaient enfin leur cour normal.

Ma pauvre mère continuait à s’inquiéter pour ‘ Che’oua’ livré enfin, et risquait de refroidir, car les tables n’étaient toujours pas dressées.

Il y avait un seul traiteur connu à l’époque, il s’appelait ‘Lasri’, il était chargé de fournir le nombre de tables requises avec leur couverts. Les  serveurs étaient en vestes blanches et noeud papillon.

Quand je pense à ce que vivait les femmes comme calvaire, lors de fêtes de mariage, de circoncision etc. J’ai vécu ça de visu dans ma propre famille. Toujours cette peur que le ‘che’oua’ soit froid, qu’il y ait plus de convives, que de tables et de places etc.  Des banalités, qui donnaient des sueurs froides à nos mères, nos tantes, toutes les femmes marocaines, d’il y a vingt, trente et quarante ans.

Aujourd’hui les choses ont changé.  Tout roule comme sur des roulettes, des traiteurs à gogo, pour toutes les bourses,  car même s’ils ont tué l’âme de ces cérémonies, ils ont rendu la chose plus facile en s’occupant de tout de A à Z. Les hôtes n’ont plus besoin de suer à cause d’une pièce montée penchée, ou d’un plat manquant. Ils s’occupent  désormais de qui  fait mieux, mieux…

 

 

 

 

 

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