Je suis fière d’appartenir à une nation qui a plus de douze siècles d’histoire. Mais cette fierté s’accompagne d’une inquiétude : on connaît mal cette histoire, et beaucoup de tensions actuelles naissent de cette ignorance.

Un État ancien, des traditions vivantes
Le Maroc n’est pas né d’un traité colonial. Sept dynasties s’y sont succédé : les Idrissides, les Almoravides, les Almohades, les Mérinides, les Wattassides, les Saadiens et les Alaouites, ces derniers régnant depuis le XVIIᵉ siècle. Elles ont bâti des villes impériales, des universités et une identité plurielle, à la fois amazighe, arabe, andalouse et africaine. C’était un État reconnu : en 1786, il signait un traité d’amitié avec les États-Unis, particulièrement favorable aux Américains.
L’affaiblissement, puis le morcellement
Au XIXᵉ siècle, cet État s’est affaibli sous la pression européenne. À Isly, en 1844, l’armée marocaine a subi un désastre. En 1860, l’Espagne a pris Tétouan, et la paix a pesé lourdement sur le royaume, financièrement et territorialement. Puis le traité de Fès, signé le 30 mars 1912, a instauré le protectorat français, et l’Espagne a pris la tutelle du nord et du sud. Le pays a été morcelé.
À l’est, la France a rattaché à l’Algérie coloniale des terres relevant du Maroc : Tindouf dépendait encore de la région d’Agadir en 1956. Le maréchal Lyautey, résident général de France, estimait en 1924 que le Maroc avait au Sahara une frontière commune avec l’Afrique occidentale française. Pour moi, le Sahara prolonge le Maroc, et l’ancienne carte de l’empire le montre.
Un dossier que le Maroc a lui-même ouvert
On présente parfois cette question comme l’invention d’autres acteurs. C’est faux : c’est le Maroc qui a saisi l’ONU en décembre 1963 de la question du Sahara espagnol, pour achever sa décolonisation. Reste à s’entendre sur ce que « décoloniser » veut dire. L’Algérie y voit une question de décolonisation, sur un territoire inscrit sur la liste des territoires non autonomes. Pour ma part, je le vois comme une réparation historique.
Les animosités, et notre part de responsabilité
Cette histoire dérange, et elle nourrit des animosités. Le discours hostile de certains responsables et médias voisins me peine, parce que je crois les peuples frères. Mais nous avons aussi failli à transmettre cette histoire : nos écoles et nos médias n’ont pas assez enseigné, et d’autres ont raconté le récit à notre place.
La patience et le droit
Le Maroc ne peut pas se battre sur tous les fronts, et les dossiers doivent se régler un à un. Le Sahara est le premier : l’ONU a présenté en octobre 2025 le plan d’autonomie comme la solution la plus réaliste, même si le Polisario conteste que cela reconnaisse la souveraineté marocaine. Je tiens aussi à la parole donnée : la convention de 1972, ratifiée par l’Algérie en 1973 puis par le Maroc, déclare régler « définitivement » la frontière. Je sais que d’autres y lisent autre chose, et c’est un point de désaccord que je ne cache pas.
En conclusion
Connaître son histoire n’est pas une arme contre les autres : c’est la condition pour dialoguer avec eux. Le Maroc a tendu la main, et le roi a appelé à un dialogue « fraternel et sincère » sans vainqueur ni vaincu. Je ne veux pas répondre à la haine par la haine. Un pays qui sait d’où il vient peut défendre ses convictions sans peur, et écouter celles des autres sans se renier. Je veux que nos enfants sachent d’où ils viennent : d’une nation entière, ancienne et fière.
*Mon point de vu personnel
