Casablanca risque d’avoir soif

par Fati's Blog

25/03 2013

Casablanca raclera les tuyaux en 2020…

Les Casablancais risquent d’avoir soif

Casablanca risque d’avoir soif, terriblement soif. C’est en tout cas le constat alarmant qui vient d’être dévoilé par les experts lors de la conférence organisée par l’association «Eau et énergie pour tous». Au niveau du Grand Casablanca la consommation quotidienne est en effet d’environ 383.000 m3, soit 383 millions de litres par jour, dont 2% seulement sont utilisés pour boire. C’est du moins les données révélées lors de cette manifestation. Mais là où le bat blesse c’est que les Casablancais perdent 48 millions de m3 par an, l’équivalent de 48 milliards de litres. À ce rythme, Casablanca risquerait une pénurie d’eau à l’horizon 2020. Moulay Driss Hasnaoui, chercheur spécialisé dans le domaine annonce la couleur : «Le Maroc est menacé d’une pénurie d’eau à l’horizon 2025, comme en témoigne la baisse des disponibilités en eau de consommation par habitant, qui ont chuté de 1.700 m3 dans les années 1970 à 720 m3 actuellement». Cette perte serait notamment due à la vétusté des infrastructures et aux facteurs humains. Des économies de 270 millions de m3 ont pu être tout de même réalisées depuis une quinzaine d’années, mais cela n’est pas suffisant. C’est un déficit qui se creuse, notamment en raison des infrastructures existantes défaillantes. 2.400 fuites ont ainsi été répertoriées au niveau des canalisations, tuyaux et compteurs. C’est le principal facteur qui participe à ce gâchis. «Sous l’effet des changements climatiques, de l’accroissement de la demande et de la pollution des ressources, l’eau devient de plus en plus rare et précieuse. En effet, la disponibilité annuelle en ressource en eau par habitant au Maroc est passée de 2.560 m3 en 1960 à 730 m3 en 2010, soit une baisse de 70% en un demi-siècle. Les prévisions fixent ces chiffres à 520 m3 en 2020», confie le management de la Lydec. Dans le Grand Casablanca, selon les prévisions sur la consommation quotidienne d’eau, celle-ci passera de 383.000 m3 en moyenne quotidienne aujourd’hui à près de 600.000 m3 en 2030. Ce niveau de consommation record a déjà été atteint en juin 2012, avec 638.000 m3 distribués en un seul jour. Dans ce contexte, la Lydec recommande vivement de veiller à adapter les habitudes des consommateurs et à rationaliser la consommation en eau, afin de ne pas soumettre cette ressource à une pression supplémentaire nommée «stress hydrique». À ce titre, le seuil du stress hydrique est défini à 1.000 m3 d’eau par habitant, barrière en dessous de laquelle se trouve déjà le royaume. Elle devrait tomber à 500 m3 en 2025, de quoi faire réagir même l’ONU, cette dernière ayant classé le Maroc dans la liste des pays menacés de pénurie grave dans le futur. Pour rappel la ville de Casablanca ne dispose que de deux grandes ressources d’eau : l’Oued Oum Errabia et le Bouregreg. Au niveau de la région, la Lydec envisagerait de fournir 80% de la population d’ici 2015, et compte se concentrer sur trois axes principaux que sont la logistique, l’industrie et les services.

Une poussée démographique qui compliquerait la tâche…
La capitale économique qui dispose d’un réseau de canalisation de 4.800 kms et qui ne cesse de s’agrandir de jour en jour, connaîtra dans les années à venir une croissance démographique et urbanistique rapide qui ne facilite pas la tâche. En effet, un élargissement de 300 hectares par an est prévu à court terme, nécessitant logiquement un ensemble d’infrastructures ainsi qu’une augmentation de la capacité de ravitaillement en eau. Certes, le problème concerne l’ensemble du Maroc à l’échéance 2025. Cependant, le cas est particulièrement sensible pour la région du Grand Casablanca dans le sens où la croissance démographique et urbanistique devrait y être très importante. Le besoin risque en effet de se faire particulièrement aigu d’ici à la fin de la présente décennie si la situation reste en l’état.

Ceci est d’autant plus prévisible que la ville ne dispose pas de ressources hydrauliques propres, puisque 99% d’entre elles proviennent de l’oued Oum Errabbia et du Bouregreg, qui s’avèrent être des ressources partagées entre plusieurs régions du royaume. D’importants efforts au niveau de la réduction des fuites sur les réseaux, des tarifications progressives, du comptage systématique et de la sensibilisation des usagers ont déjà permis de ralentir l’augmentation de la demande malgré la forte croissance urbaine. Ceux-ci ont également permis d’éviter le recours à des investissements lourds, tels que la construction de nouveaux barrages ou de canaux de transferts. Cela reste toutefois nettement insuffisant. Des mesures doivent donc être prises en urgence afin de pallier à ce grave déficit. Il est à noter qu’au niveau national, la problématique du stress hydrique est traitée par le secrétariat chargé de l’eau et l’environnement et les agences du bassin hydraulique. Pour le Grand Casablanca, il est prévu que la région bénéficie du grand projet de transfert des eaux du nord vers le sud. Ce plan étatique prévoit également le dessalement des eaux de mer pour pouvoir accompagner l’évolution des besoins en eau du Grand Casablanca au-delà de l’horizon 2020.

Par Ghizlane BADRI