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    Je me souviens encore du silence qui a suivi le coup de sifflet final, jeudi 9 juillet à Boston. Pas un silence de honte, non — un silence de ceux qui savent qu’ils viennent de perdre face à plus fort qu’eux, mais qui n’arrivent toujours pas à faire le deuil du rêve. 2-0 contre la France, en quart de finale, quatre ans presque jour pour jour après la demi-finale de 2022. Et pourtant, en repensant à ce Mondial 2026, je ne ressens pas que de la déception. Je ressens surtout une immense fierté teintée d’amertume : celle de voir mon équipe, une nouvelle fois, porter seule les couleurs d’un continent et d’un monde arabe entier — et devoir, en plus d’affronter des adversaires sur le terrain, encaisser les coups bas de ceux qui, eux, n’ont même pas su tenir leur rang.

    Un parcours qui n’a plus rien à prouver
    Deuxième d’un groupe C très costaud (Brésil, Écosse, Haïti), le Maroc a sorti les Pays-Bas aux tirs au but, puis humilié le Canada 3-0. Bounou a repoussé un penalty de Mbappé lui-même avant que la France ne finisse par nous éliminer. 7ᵉ au classement FIFA, meilleure nation africaine et arabe du tournoi : ce ne sont plus des mots, ce sont des chiffres. Et pourtant, à chaque succès, j’ai cette sensation étrange que notre réussite dérange plus qu’elle n’inspire.
    La jalousie qui suinte, même chez les voisins
    Je n’aime pas généraliser, et je sais que beaucoup d’Algériens ont suivi notre parcours avec un respect sincère. Mais il faut être honnête : une partie de la presse et des réseaux algériens s’est réjouie plus fort de notre défaite contre la France que de n’importe quelle performance de leur propre sélection. Ça fait mal, je ne vais pas mentir. Pas parce qu’on a besoin de leur admiration, mais parce que ça révèle une obsession malsaine — comme si notre réussite était vécue, chez certains, comme une insulte personnelle. L’Égypte, elle, a d’abord semblé plus fair-play… jusqu’à ce que son propre parcours tourne mal.
    L’Égypte : quand la défaite devient un complot

    Et là, comment ne pas en parler. Sortis par l’Argentine (3-2) après avoir mené 2-0, les Pharaons n’ont pas digéré. Pas du tout. Leur sélectionneur, Hossam Hassan, est allé jusqu’à crier au « match truqué », à accuser la FIFA de vouloir maintenir Messi en course, à annoncer qu’il ne suivrait plus « aucun match » du Mondial, avant de mêler à tout ça des accusations bien plus graves encore, sans le moindre début de preuve. La fédération égyptienne a même réclamé l’exclusion de l’arbitre français. Une partie de la presse égyptienne a suivi ce récit avec un enthousiasme troublant, préférant l’histoire du complot à l’analyse sportive. Je trouve ça triste, sincèrement. Perdre fait mal, je le sais mieux que quiconque cette semaine. Mais transformer sa propre désillusion en accusation généralisée, c’est une fuite en avant qui n’honore ni le pays ni les joueurs qui, eux, ont livré un vrai combat sur le terrain.
    Pourquoi tant de haine autour de nous ?
    Je crois que c’est une histoire de miroir. Quand un pays qu’on pensait « inférieur » se hisse durablement parmi les grands, il oblige les autres à se regarder en face. Et c’est plus simple de crier au complot, de ricaner d’une défaite, ou de nier une réussite, que d’admettre qu’on aurait aimé être à notre place. Ce n’est pas de la haine rationnelle, c’est de la frustration mal digérée.


    Le regard occidental, entre respect et condescendance
    À l’inverse, une partie de la presse occidentale continue de parler de nous avec cette légère surprise polie, comme si chaque exploit marocain restait une anomalie à expliquer plutôt qu’un résultat mérité. Heureusement, tout n’est pas à jeter : j’ai été touché d’entendre Deschamps lui-même, après notre élimination, saluer sincèrement notre jeunesse et notre avenir. Ça prouve qu’un regard juste et respectueux, ça existe aussi.
    Nos propres excès
    Et il faut aussi qu’on se regarde en face, nous. Une minorité de nos supporters a des réactions disproportionnées après une défaite, s’en prend à des joueurs sur les réseaux, insulte, exagère. Ça ne nous ressemble pas, ou plutôt : ça ne devrait pas nous ressembler. Notre force a toujours été notre ferveur généreuse. Ne la laissons pas se transformer en amertume aveugle.
    Ouahbi, la France, et l’avenir
    Sur le terrain, Mohamed Ouahbi n’a eu que quatre mois pour préparer ce Mondial après avoir succédé à Regragui. Le bilan est honorable, la défaite contre la France sincère et sans excuse — la presse marocaine elle-même a reconnu la supériorité des Bleus, sans chercher le moindre prétexte. C’est peut-être ça, au fond, notre plus grande fierté : savoir perdre avec dignité, là où d’autres ne savent que hurler à l’injustice
    Alors oui, on a perdu en quart de finale. Oui, certains se sont réjouis de notre chute, d’autres ont préféré inventer des complots plutôt que d’affronter leurs propres échecs. Mais au bout du compte, ce qui me reste, c’est cette génération magnifique — Hakimi, Bounou, Bouaddi, Mezraoui, El Ynaoui, Ounahi, Saibari  — qui a fait rêver un pays entier sans jamais perdre sa dignité, ni sur le terrain ni en dehors. Le Maroc de 2026 n’a pas besoin de valider sa grandeur dans le regard jaloux des autres. Il continue simplement d’avancer, tête haute, vers 2030 — chez lui, cette fois. Et ça, aucune polémique, aucune théorie du complot, aucune amertume voisine ne pourra nous l’enlever.

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